Houston, je ne suis plus aux commandes de mon appétit : comprendre la perte d’appétit en post-partum
Il est 16h, avant c’était la pause café/grignotage qui te faisait du bien, maintenant, bébé est dans tes bras, tu te rends compte que tu n’as rien avalé depuis hier soir et puis de toute façon tu n’as même pas faim. Par contre à 20h, ton chéri va rentrer, prendre bébé et toi tu vas engloutir tout le placard à gâteaux !
Parce qu’entre les nuits hachées, les questions qui tournent en boucle et les hormones en roue libre, ton corps ne sait plus très bien sur quel bouton appuyer. Je t’emmène à la découverte de ton appétit post-partum dans cet article qui, je le souhaite, te donnera des pistes à explorer.

La perte d’appétit en post-partum : un phénomène plus fréquent qu’on ne le croit
Tu l’as sûrement vécu un paquet de fois, midi approche, ton ventre commence à gargouiller, tu commences à regarder le menu de la cantine, la faim commence à se faire sentir et la pause dej aussi.
En post-partum, encore plus avant la reprise du travail, le rythme est complètement modifié et se cale complètement sur celui de bébé. Vie nocturne très animée et journée entièrement pilotée par les besoins de bébé, si bien que ton corps ne sait plus trop à quel moment il faut lancer l’alerte de la pause dej, et si même il y a encore une pause dej.
On lit beaucoup (et on parle beaucoup) de la faim qui peut être très présente en post-partum, surtout en cas d’allaitement, mais on trouve très peu d’information sur le manque d’appétit. Cela vient sûrement du fait qu’avoir beaucoup d’appétit signifie manger beaucoup et que dans notre société c’est perçu comme un problème alors que manquer d’appétit est le raccourci direct vers la perte de poids, une aubaine ! Malheureusement ce n’est pas si simple, les deux méritent une place dans les conversations de mamans !
Le rôle du stress et du cortisol : quand le corps passe en mode survie
Le fonctionnement du stress est le même depuis la nuit des temps : un danger se présente, le cortisol (hormone du stress) est sécrété, l’organisme passe en situation de survie et de fuite.
Résultat le corps est prêt pour se mettre à courir très vite et très longtemps pour fuir le danger, ce qui coupe l’appétit, ce n’est clairement pas le moment de manger.
Ce qui a changé, en revanche, c’est la nature du danger, le prédateur à dents tranchantes est devenu moins palpable, remplacé par des notions beaucoup plus abstraites (est-ce que bébé a assez mangé, est-ce que je fais bien, bon sang ! Pourquoi il pleure autant ???). Mais dans les deux cas le résultat est le même, l’appétit disparait ou s’il est encore un peu présent la digestion est alors souvent très difficile.
Si au moment de passer à table (ou de manger un sandwich sur le canapé), tu ressens du stress : ventre noué, transpiration, cœur qui s’accélère, sensation d’étouffer, poitrine qui se serre, etc. Même si le repas est prêt, que bébé dort et que les conditions sont réunies pour manger, je te conseille de prendre tout de même quelques respirations, éventuellement de marcher un peu si tu le peux, juste pour faire redescendre le cortisol et donner de meilleures chances de réussites à ta digestion. Et si ce stress te coupe carrément l’appétit, quelques respirations profondes avec une odeur sucrée (gousses de vanille, carrés de chocolat, fleur d’oranger) t’ouvriront peut-être un peu l’appétit ou au moins t’aideront à t’apaiser un peu !
Fatigue extrême et dérèglement des signaux de faim
1h de sommeil par ci, 1h30 par-là, des réveils si nombreux qu’à partir du 8e on arrête de compter, si bien que le corps ne suit plus. Quand est le jour ? Quand est la nuit ? A quel moment il faut avoir faim ? Impossible pour nos hormones de maintenir l’équilibre dans ces conditions.
Le fonctionnement de notre appétit repose sur l’équilibre de deux hormones : la ghréline hormone de la faim et la leptine hormone de la satiété. La première stimule l’appétit à l’approche des repas. La deuxième indique que les réserves sont pleines, que l’on peut arrêter de manger.
Mais alors, comment envoyer le signal de la faim alors que ça fait 2 jours que ton cerveau ne l’écoute plus, bien trop occupé à maintenir ce petit bébé en bonne santé. Et comment savoir quand les réserves sont pleines alors que cette assiette de lasagnes froides commencée il y a 2 heures est à peine entamée ?
Et c’est aussi pour ça qu’au moment du relai avec ton chéri, quand tu as enfin l’occasion de manger, ton corps ne t’arrête plus, comment être sûr que tu ne vas pas de nouveau le priver de nourriture à la prochaine occasion venue ? Ces fonctionnements sont normaux et sont le plus souvent passagers. Le corps n’est pas défaillant. Il s’adapte à un contexte extrême.
Et quand le contexte s’apaise, il retrouve peu à peu ses repères.
Le tsunami hormonal du post-partum
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Quand la tête prend toute la place : charge mentale et hypervigilance
Au moment où le cordon est coupé, le lien physique est rompu mais le lien maternel, animal, lui reste, tu es pleinement connectée à ton bébé par ce lien invisible. Parfois tu pleures quand il pleure. Parfois tu ne comprends même pas pourquoi tu te sens submergée.
Ce lien est précieux, beau et incroyable mais il est aussi pesant, il porte avec lui le poids des responsabilités, celles de maintenir ce bébé en bonne santé, de le nourrir, de le bercer, de lui apporter tout ce dont il a besoin. Si bien que ses priorités deviennent très vite (instantanément) tes priorités. Tu sais très vite reconnaître quand il a faim, sommeil, besoin d’un câlin, mais alors, ressentir ta propre faim, ou même tout simplement avoir faim devient une épreuve !
Chacun de ses petits bruits de bébé te réveille, tu vérifies sa respiration alors que tu pourrais en profiter pour te reposer. Tu es fatiguée mais portée par une force plus puissante que toi, sans que tu ne puisses l’expliquer.
Ce pouvoir de maman, est magique, il nous permet de tenir dans des conditions qui sur le papier ne sont pas tenables. Mais le revers de cette force maternelle c’est qu’elle nous fait aussi oublier ce qui nous maintient nous sur pied.
Quand le cerveau est en alerte constante, il privilégie la sécurité au détriment des signaux corporels. La faim devient secondaire. Parfois, cette hypervigilance ne s’apaise pas avec le temps. Elle s’intensifie. Elle envahit. Elle empêche de dormir même quand bébé dort. Dans ces cas-là, il existe le questionnaire EPDS (Edinburgh Postnatal Depression Scale), outil validé de dépistage, qui est une suite de questions qui permettent d’évaluer la présence ou non d’une dépression post-partum. Si tu as le moindre doute sur ton état tu peux faire ce test mais aussi consulter le professionnel de ton choix.
Est-ce que c’est normal de ne jamais avoir faim en post-partum ?
Il est très fréquent de sauter des repas sans même s’en rendre compte en post-partum, absorbée par le tourbillon de la journée, le temps passe et les repas disparaissent.
Cependant, ce n’est pas une règle universelle ni une fatalité, en y prêtant attention et en provoquant l’appétit, il est possible de retrouver l’appétit et le rythme alimentaire (ça ne veut pas dire que plus aucun repas ne sera sauté, mais ça sera plus rare).
Si la perte d’appétit dure dans le temps, que tu perds du poids très rapidement, que tu as des étourdissements, une fatigue extrême et/ou des idées noires, je t’invite à consulter le professionnel de santé de ton choix rapidement pour faire le point. Si une perte d’appétit passagère modérée est tout à fait normal, l’allongement sur la durée peut être un signe à prendre en compte.
Faut-il se forcer à manger en post-partum ?
Si tu n’as pas du tout d’appétit aucun chance que tu réussisses à venir à bout d’une assiette complète, au contraire, elle risque de te dégouter encore plus. L’astuce pour retrouver un peu d’appétit c’est de passer par des petites collations. A l’image d’un début de grossesse très nauséeux, le petit grignotage malin peu faire la différence.
Quelques quartiers de clémentine, une pomme coupée en morceaux (moins engageante qu’une pomme à croquer), quelques crackers, des amandes, quelques carrés de chocolat. L’idée est de trompé le cerveau en proposant des petites portions qui donnent la sensation visuelle d’être légères.
Et si ça ne passe vraiment pas ? L’alternative, souvent utilisées dans un contexte de reprise alimentaire et de retour à l’alimentation c’est de passer par une phase d’alimentation liquide : soupes, smoothies, bouillons, etc… Ainsi, on apporte les nutriments essentiels sans vraiment manger, et ça a au passage le mérite d’être facile à manger à la paille avec bébé dans les bras.
Retrouver l’appétit en post-partum, ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de compréhension et d’environnement. C’est exactement ce que je travaille dans l’atelier « Je nourris tout le monde… sauf moi » pour te permettre d’explorer ton rapport à l’alimentation et te donner des pistes pour te réconcilier avec ton appétit en post-partum.